Longtemps considérée comme un socle stable de l’économie française, l’agriculture traverse aujourd’hui une phase de transformation profonde. Pressions économiques, contraintes climatiques, tensions géopolitiques et enjeux de souveraineté redessinent ses équilibres historiques, dans un contexte marqué par de fortes incertitudes, notamment autour de l’accord de libre-échange UE–Mercosur.
Les échanges tenus récemment lors de la convention de la coopérative InVivo ont permis de mettre en lumière les dynamiques à l’œuvre et les choix structurants auxquels la filière est désormais confrontée.
Plusieurs indicateurs permettent de poser un constat préoccupant.
- Un déficit historique. Pour la première fois depuis 1978, la balance agricole française pourrait devenir déficitaire dès 2025. Un basculement symbolique, mais surtout économique, pour un secteur longtemps excédentaire.
- Une hausse marquée des coûts de production. En cinq ans, ceux-ci ont progressé de près de 25 %, sous l’effet combiné de l’énergie, des intrants, des normes et des tensions sur les chaînes d’approvisionnement.
- Une crise de vocation persistante. Chaque année, entre 5 000 et 10 000 exploitations disparaissent, faute de repreneurs. Le renouvellement des générations agricoles demeure l’un des défis les plus sensibles pour la pérennité du modèle.
- La baisse de productivité liée au changement climatique est désormais mesurable : –4 % de rendement céréalier sur dix ans.
Quatre facteurs de tension pour la souveraineté alimentaire
Ces constats s’inscrivent dans un environnement plus large, marqué par quatre facteurs de tension majeurs.
- Le changement climatique, dont les impacts deviennent à la fois plus fréquents et plus intenses.
- La géopolitique, qui fragilise la stabilité des marchés et des chaînes d’approvisionnement.
- La question des intrants, confrontés à une baisse d’efficacité, une disponibilité plus incertaine et des hausses de prix durables.
- Un cadre réglementaire de plus en plus dense, souvent perçu comme un facteur de complexité supplémentaire pour les exploitants.
Pris isolément, chacun de ces éléments est déjà contraignant. Ensemble, ils dessinent un paysage agricole profondément transformé.
Une feuille de route collective inédite
Pour autant, l’étude portée conjointement par les coopératives InVivo, Sofiprotéol, Unigrains et Avril montre qu’une trajectoire de résilience demeure possible, y compris sur le plan économique. Le maintien — voire l’amélioration — du revenu agricole peut être envisagé, à condition d’un engagement ambitieux et immédiat de l’ensemble de la chaîne de valeur.
L’un des enseignements majeurs de cette démarche réside dans la nécessité de penser la transformation de l’agriculture française de manière systémique, au-delà des silos traditionnels.
Dans cet effort collectif, la technologie apparaît comme un levier d’accélération.
Comme l’a souligné Audrey Bourolleau, fondatrice d’Hectar, l’intelligence artificielle constitue une opportunité : elle permet de dégager du temps — celui de réfléchir, d’innover, de créer.
Automatisation de certaines tâches, aide à la décision, optimisation des pratiques culturales : l’IA ne se substitue pas à l’expertise humaine, mais peut en amplifier la portée, à condition d’être intégrée avec discernement et cohérence.
Le point sans doute le plus structurant de cette convention tient à la méthode adoptée : pour la première fois, quatre acteurs majeurs de la chaîne de valeur se sont accordés sur une feuille de route commune pour une agriculture française souveraine et durable.
Cette convergence traduit une prise de conscience partagée : face à l’ampleur des défis, aucune réponse isolée ne sera suffisante. La coordination devient un facteur clé de performance et de résilience.
L’attractivité de la filière auprès des talents
Dans cette ambition collective, un levier restera déterminant : les talents. Attirer de nouvelles compétences, organiser la transmission des savoir-faire, renforcer les capacités de pilotage et de transformation des organisations agricoles constituent des enjeux centraux. La réussite de la trajectoire à horizon 2050 reposera autant sur les choix économiques et technologiques que sur la capacité à structurer des équipes capables de penser et de conduire le changement dans la durée.
Les constats dressés lors de la convention InVivo confirment que l’agriculture française est entrée dans une phase de transition structurelle. Les marges de manœuvre existent encore, mais elles supposent des choix rapides, coordonnés et assumés.
La convergence inédite d’acteurs majeurs autour d’une feuille de route commune constitue un signal encourageant. Elle rappelle que la performance future de la filière reposera autant sur sa capacité à intégrer les évolutions technologiques que sur l’organisation de ses compétences et de ses leaderships.
Dans un environnement devenu plus incertain, la question n’est plus seulement de produire autrement, mais de piloter durablement la transformation.
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